En 2026, la Syrie demeure l’un des environnements les plus instables et complexes au monde. Malgré la chute du régime de Bachar Al-Assad en décembre 2024 et l’installation d’un gouvernement de transition dirigé par Hayat Tahrir al-Cham (HTC), la situation sécuritaire, politique et économique reste profondément fragile. Les évaluations internationales confirment cette réalité : Travel Guard classe actuellement la Syrie parmi les pays présentant un niveau de risque « EXTRÊME », en raison de l’instabilité politique persistante, des conflits armés en cours, du terrorisme et de la criminalité violente.
Loin d’entrer dans une phase de normalisation rapide, le pays traverse une période de recomposition dont les équilibres restent incertains.
Un territoire stratégique mais fragmenté
Située dans la région du Levant, au Moyen-Orient, la Syrie occupe une position géopolitique majeure. Elle est bordée par la Turquie au nord, l’Irak à l’est, la Jordanie au sud, Israël et le plateau du Golan au sud-ouest, le Liban à l’ouest, et dispose d’une façade maritime sur la Méditerranée. Damas demeure la capitale politique, tandis qu’Alep, Homs, Hama, Lattaquié et Tartous constituent d’importants centres urbains et stratégiques.
Avec une population estimée à environ 24 millions d’habitants, la Syrie est majoritairement arabe et sunnite, mais comprend d’importantes minorités kurdes, alaouites, druzes, chrétiennes et turkmènes. L’arabe est la langue officielle, bien que le kurde et l’araméen soient également parlés dans certaines régions. Cette diversité religieuse et ethnique, historiquement constitutive de l’identité syrienne, est devenue un facteur central dans la dynamique du conflit et de la transition actuelle.
Depuis la chute d’Al-Assad, le contrôle territorial reste morcelé. Le gouvernement de transition dirigé par HTC exerce son autorité sur Damas et une large partie du centre du pays. Toutefois, les gouvernorats côtiers de Lattaquié et Tartous demeurent des zones sensibles où subsistent des éléments liés à l’ancien appareil militaire. Dans le nord-est, l’Administration autonome du nord et de l’est de la Syrie (AANES), communément appelée Rojava, reste majoritairement administrée par les Forces démocratiques syriennes (FDS), coalition arabo-kurde soutenue par les États-Unis. Par ailleurs, la Turquie maintient une influence significative dans le nord-ouest, notamment dans la province d’Idlib, ainsi que dans certaines bandes frontalières.
Cette fragmentation territoriale rend toute analyse homogène du risque inopérante : la situation varie considérablement selon les gouvernorats et les lignes de front.
Une transition politique sous tension
La prise de Damas par une coalition de groupes armés antigouvernementaux menée par HTC en décembre 2024 a marqué un tournant historique. HTC, organisation issue du Front al-Nosra — anciennement affilié à Al-Qaïda et toujours désigné comme organisation terroriste par plusieurs gouvernements étrangers — a instauré un gouvernement de transition et adopté une constitution provisoire.
Son dirigeant, Ahmad Al-Sharaa (également connu sous le nom d’Abou Mohammed Al-Jolani), a évoqué un processus de transition démocratique susceptible de s’étendre sur cinq ans. Toutefois, plusieurs éléments alimentent les incertitudes. La coalition au pouvoir demeure fragile et hétérogène, les tensions inter-factions persistent, et les inquiétudes concernant la protection des minorités religieuses restent élevées.
Fin décembre 2024, des troubles sociaux ont éclaté à la suite de la diffusion de vidéos montrant la destruction de sanctuaires religieux à Hama et dans le gouvernorat d’Alep. Bien que HTC ait officiellement condamné ces actes et affirmé son engagement à protéger les minorités, ces événements ont ravivé les craintes de violences sectaires, notamment parmi les communautés alaouites, historiquement dominantes sous le régime d’Al-Assad.
interférences régionales et risque d’escalade
La Syrie demeure un théâtre d’affrontements indirects entre puissances régionales et internationales. Israël mène régulièrement des frappes aériennes visant des infrastructures et des cadres liés à des groupes soutenus par l’Iran. À la suite du retrait des forces gouvernementales syriennes de certaines zones frontalières, les forces israéliennes ont avancé dans la zone tampon du plateau du Golan, officiellement à titre sécuritaire.
La Turquie, pour sa part, poursuit ses opérations contre les FDS dans le nord-est du pays. Ankara considère les Unités de protection du peuple (YPG), pilier militaire des FDS, comme liées au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Le risque d’une offensive terrestre turque de grande ampleur reste élevé, en particulier si la présence militaire américaine venait à diminuer. Les États-Unis maintiennent en effet un contingent destiné à contenir la résurgence de l’État islamique (EI).
L’EI, bien que privé de contrôle territorial, conserve des capacités opérationnelles clandestines. Les évaluations sécuritaires internationales continuent de qualifier la menace terroriste en Syrie d’« EXTRÊME ». Des groupes armés non affiliés demeurent également actifs dans différentes régions du pays.
Enlèvements, criminalité et effondrement institutionnel
Le risque d’enlèvement est considéré comme extrêmement élevé, notamment pour les journalistes, travailleurs humanitaires et ressortissants étrangers. Ces actes sont motivés par des considérations politiques, financières ou idéologiques. Les zones contestées ou échappant au contrôle effectif du gouvernement de transition sont particulièrement exposées.
La criminalité violente reste élevée dans un contexte d’effondrement économique et d’absence de structures administratives uniformes. La corruption est qualifiée de risque « EXTRÊME » par plusieurs évaluations sécuritaires internationales, en raison de la fragmentation des autorités et du manque de transparence institutionnelle.
Une économie structurellement affaiblie et des infrastructures dégradées
Plus de quinze années de conflit ont laissé l’économie syrienne exsangue. La monnaie nationale a subi une forte dévaluation, l’inflation demeure élevée et le système bancaire reste fragile. Les infrastructures ont été massivement endommagées, y compris dans la capitale.
Les services essentiels : eau, électricité, soins médicaux fonctionnent de manière irrégulière. Les déplacements internes sont entravés par l’état des routes, la présence de barrages militaires et l’instabilité sécuritaire. Des attaques contre des infrastructures stratégiques, telles que le barrage de Tichrine, pourraient provoquer des coupures d’eau et d’électricité de grande ampleur.
Cette fragilité économique et infrastructurelle contribue à un niveau élevé de tensions sociales.
Maintien des régimes de sanctions internationales
Malgré la chute du régime d’Al-Assad, la Syrie demeure soumise à plusieurs régimes de sanctions internationales. L’Union européenne, les États-Unis — notamment dans le cadre du Caesar Syria Civilian Protection Act — et le Royaume-Uni maintiennent des mesures restrictives visant des entités, des individus et certains secteurs économiques stratégiques.
Bien que des exemptions humanitaires existent, les flux financiers et les transactions bancaires internationales restent strictement encadrés. Toute opération commerciale ou institutionnelle nécessite une analyse approfondie en matière de conformité réglementaire et de gestion du risque juridique.
Implications pour les organisations internationales et les entreprises
Dans un environnement classé à risque extrême par des acteurs spécialisés comme Travel Guard, toute implantation ou mission en Syrie suppose une évaluation multidimensionnelle. Le risque ne se limite pas à la sécurité physique ; il englobe également les dimensions juridiques, financières, réputationnelles et logistiques.
L’accès limité à des infrastructures médicales fiables et la possibilité d’une évacuation d’urgence rendent essentielle la structuration de dispositifs d’assistance internationale robustes. La distinction entre couverture santé classique et assistance incluant évacuation sanitaire devient déterminante dans un contexte aussi dégradé.
En 2026, la Syrie demeure un État en transition fragile, sous sanctions internationales et confronté à une fragmentation territoriale persistante. La chute du régime d’Al-Assad n’a pas entraîné de stabilisation immédiate ; elle a ouvert une phase de recomposition dont l’issue reste incertaine.
Les évaluations sécuritaires internationales, dont celle de Travel Guard classant le pays au niveau de risque « EXTRÊME », confirment que l’environnement syrien demeure parmi les plus sensibles au monde. Toute présence sur le territoire exige une analyse géopolitique actualisée, une conformité stricte aux régimes de sanctions et une gestion structurée du risque opérationnel.
Dans ce contexte, la prudence ne constitue pas une option stratégique, mais une nécessité structurelle.



